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31 décembre 2008

La Charte '08

Le contexte par Pierre Haski, sur Rue89:

"Les dissidents tchèques avaient eu la Charte 77 avec Vaclav Havel; les Chinois ont lancé la Charte 08. Et, coïncidant avec le 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, ce geste de défi au pouvoir communiste chinois a conduit ses auteurs en prison.

Parmi eux, Liu Xiaobo, 53 ans, l’un des intellectuels dissidents les plus en vue, déjà détenu pendant vingt mois pour son rôle dans le « Printemps de Pékin » en 1989, puis de nouveau emprisonné pendant trois ans pendant les années 90, été arrêté lundi à son domicile, qui a été fouillé de fond en comble par la police chinoise. Ses ordinateurs et téléphone portable ont été saisis. D’autres arrestations ou assignations à résidence ont été enregistrées dans plusieurs villes du pays à la veille de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

L’arrestation de Liu Xiaobo et d’autres militants des droits de l’homme est intervenue au moment où les dissidents s’apprêtaient à rendre publique leur Charte 08, signée par 303 personnes, des intellectuels comme Liu Xiaobo, des avocats comme Mo Shaoping, des militants des droits de l’homme comme Ding Zilin, la « mère de Tiananmen », ou encore des universitaires ou des blogueurs, tous prêts à prendre le risque de l’emprisonnement ou de sérieux ennuis avec les autorités. Celles-ci, on le voit, ne sont pas prêtes à accepter l’expression publique organisée en faveur de la démocratisation de la Chine.

Comme la Charte 77 de Vaclav Havel

La Charte 08, délibérément calquée sur l’action des dissidents de l’ex-bloc soviétique dans les années 70, avec Vaclav Havel en Tchécoslovaquie, Andreï Sakharov en URSS, et quelques autres dans les autres « républiques populaires », comprend dix-huit propositions destinées à conduire la Chine vers la démocratie.

Parmi ces propositions, certaines sont de cruels rappels des impasses du régime, comme la demande de ratification du Pacte des Nations unies pour les droits civils et politiques, que la Chine a signé pour satisfaire les pays occidentaux, mais n’a jamais ratifié. Jacques Chirac avait coutume de citer la signature de ce Pacte comme l’un des succès de la diplomatie discrète en faveur des droits de l’homme: il oubliait de dire qu’il n’avait jamais été mis en œuvre…

D’autres propositions sont plus radicales dans le contexte chinois, comme la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, qui sont tous placés actuellement sous l’autorité du Parti communiste chinois. Cette idée avait été évoquée par les réformistes au sein même du Parti, mais écartée après la répression du Printemps de Pékin, en juin 1989.

Les signataires réclament également des élections libres avec pluralisme des partis politiques, idée encore impensable pour les actuels détenteurs du pouvoir, et qui a conduit en prison tous ceux qui l’ont réclamée avant les signataires de cette Charte.

Le climat politique a changé

Le fait que tant de personnes soient prêtes à prendre ce risque montre à quel point le climat politique a changé en Chine, et permet à ceux qui réclament de véritables réformes politiques de relever la tête. La circulation de l’information sur Internet, malgré la censure et les blocages, fait partie des facteurs qui ont modifié la donne politique.

Pour autant, le pouvoir est d’autant moins enclin à accepter l’émergence d’une dissidence organisée que le contexte économique et social est inquiétant: des milliers de fermetures d’usine, des protestations sociales en nombre accru, alors que la crise économique mondiale provoque un ralentissement très net de la croissance chinoise.

Les dirigeants chinois n’ont donc pas hésité à donner un coup d’arrêt d’entrée de jeu à ce mouvement, quitte à sérieusement entacher son image en embastillant des militants des droits de l’homme en plein anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, théoriquement « universelle »…"

Pour signer la Charte, c'est ici, sur le knol de Zola. Pourtant, elle ne fait pas l'unanimité chez les intellectuels chinois, car certains ont refusé de la signer. Ceux qui l'ont fait expliquent pourquoi et les risquent qu'ils encourent. Plus d'infos sur Global Voices Online: "China Charter 08, to be free and fearless".

10 décembre 2007

La liberté de la presse n'est pas forcément si importante



"Si 56 % des habitants de quatorze pays estiment que la liberté de la presse est importante pour garantir une société libre, ils sont 40 % à considérer que la stabilité sociale doit primer, selon un sondage pour la BBC publié lundi 10 décembre. "L'opinion mondiale est partagée sur l'importance de la liberté de la presse", concluent les enquêteurs. C'est en Amérique du Nord et en Europe que l'on considère le plus la liberté de la presse comme étant essentielle. Près de 70 % des personnes interrogées y jugent qu'une presse libre prime sur la nécessité de conserver la stabilité sociale.


Par contre, en Inde, en Russie et à Singapour, 48 % des personnes sont favorables à des contrôles sur la presse pour assurer la paix à la stabilité. Dans ces pays, seuls 40 % des personnes soutiennent que la liberté de la presse doit être préservée avant tout. 11 344 personnes ont été interrogées dans quatorze pays (Allemagne, Afrique du Sud, Brésil, Egypte, Emirats arabes unis, Etats-Unis, Inde, Kenya, Mexique, Nigeria, Royaume-Uni, Russie, Singapour et Venezuela). Cette enquête a été réalisée par l'institut de sondage international GlobeScan pour BBC World Service, qui fête ses soixante-quinze ans. "Alors que les gens défendent en général la liberté des médias, la vision occidentale de la nécessité d'une presse libre pour garantir une société libre n'est pas universellement partagée dans toutes les régions du monde", relève Doug Miller, président de GlobeScan.

LA CONCENTRATION DES MÉDIAS INQUIÈTE

Les pays occidentaux où la liberté de la presse est prépondérante sont plutôt critiques concernant l'honnêteté et l'exactitude des faits rapportés : 28 % seulement des Allemands considèrent que la performance de leurs médias en la matière est bonne, 29 % au Royaume-Uni et 29 % aux Etats-Unis. Ils sont 44 % au Venezuela, 49 % en Afrique du Sud, 58 % au Nigeria et 61 % au Kenya. Dans les pays où la stabilité sociale est plus importante que la liberté de la presse, les Indiens (61 %) et les habitants des Emirats (52 %) estiment que les faits sont correctement rapportés, contrairement aux Russes (27 %), aux Mexicains (28 %), aux Brésiliens (31 %) et aux ressortissants de Singapour (37 %). 56 % des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont estimé que la presse dans leur pays était libre de rapporter l'actualité sans être biaisée. Seulement 19 % ont pensé qu'il y avait peu ou pas de liberté des médias dans leur pays.

L'enquête a constaté des inquiétudes sur la concentration des médias au sein d'un nombre de groupes de presse de plus en plus réduit : une grande majorité des personnes interrogées au Brésil (80 %), au Mexique (76 %), aux Etats-Unis (74 %) et au Royaume-Uni (71 %) s'inquiètent notamment que l'opinion politique d'un propriétaire puisse influencer la ligne éditoriale des médias de son groupe."