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25 mars 2010

Accident grave de voyageur

Cet après-midi, le RER B qui me transportait de la Croix de Berny, où j'étais partie en reportage, vers Paris, a écrasé un voyageur qui se trouvait sur la voie.

Il y a environ 150 "accidents graves de voyageurs", selon le terme pudiquement utilisé par la RATP. Je ne m'attendais pas à un nombre aussi élevé. Mais entre les heures de pointe sur des quais bondés (ligne 1 et 13 par exemple), les soirées où le métro/RER restent ouverts toute la nuit (Nuit Blanche par exemple), et les suicidaires qui se jettent sans prévenir sur la voie quand le train est à l'approche, cela fait beaucoup d'occasions. D'autant plus qu'il n'y a pas (encore) de système de portes automatiques comme c'est le cas dans la plupart des métros modernes ailleurs dans le monde.

Il est 16h30. Le RER devait filer sans arrêt jusqu'à Cité Universitaire. Il va vite, trop vite, ai-je pensé. Et puis d'un coup, le train freine, fort. Et on s'arrête à Bagneux. "Tiens, le chauffeur a dû oublier qu'il devait faire un stop à Bagneux, bouhou".
Je garderai longtemps en mémoire, je pense, la voix du chauffeur quand il a annoncé dans le haut-parleur, que nous venions de heurter un voyageur. Une voix blanche, affolée et haletante, d'une personne qui vient de réaliser qu'elle vient, sans le vouloir, d'en tuer une autre.
La femme en face de moi se met à pleurer. Nous sortons. Une foule se forme déjà à l'entrée de la cabine du conducteur. Certains longent le train dans l'espoir d'apercevoir les restes.

Drôle de vision que cette foule humaine, livrée à elle-même: certains prennent naturellement la tête des opérations, parlent fort, clament qu'une femme a vomi sur le quai. D'autres vont et viennent, attendent des instructions qui ne viennent pas. Les pompiers arrivent, tout le monde évacue la gare. Et se regroupe naturellement au premier arrêt de bus. La bataille pour rejoindre Paris s'annonce rude.
Les plus réactifs arrêteront des gentils automobilistes. Pour une course surréaliste entre une relou qui me raconte sa vie et un adorable petit de 3 ans qui me montre avec fierté ses baskets Adidas et danse avec moi sur "the rhythm of the night" de Corona. On se change les idées comme on peut.
Le conducteur aura lui droit à un suivi psychologique.

Le métro de Washington, qui est notoirement assez dangereux, a régulièrement des accidents de ce genre. Entre les suicidaires et les accidents de train dus à un manque flagrant de sécurité (deux trains se percutent, un train roule alors que des mécanos font des réparations sur la voie), certains conducteurs n'en sont plus à un tué près: "You just turn your head and wait", est un article paru dans le Washington Post le 2 octobre dernier, dans une passionnante série sur les "accidents graves de voyageurs", vus de l'autre côté.
De celui qui conduit le train, lancé à toute vitesse.

Image: RER, Flickr/Hdaniel. 

15 février 2010

Le nouvel an chinois à Belleville

La communauté chinoise de Paris célébrait dimanche le nouvel an lunaire, marquant l'arrivée de l'année du Tigre de métal. De nombreux défilés ont envahi les rues de Paris: Belleville et sa communauté de Wenzhou, Arts et Métiers...Dimanche prochain, c'est au tour de la communauté asiatique du 13ème arrondissement.

07 décembre 2008

Mon article sur Rue89-- Etudiants le jour, squatteurs le soir: la galère ordinaire

Ils ont enlevé les tracts et les articles de journaux collés sur la vitrine sale de l’ancienne pharmacie, au rez-de-chaussée de l’immeuble qu’ils occupent. Tout a été nettoyé en une journée pour faire place à une exposition temporaire de peintures d’une voisine qui les soutient activement.

Au-delà du projet artistique, c’est aussi dans le but de faire connaître leur situation que Jean Marc, Adeline, Elise et les cinq autres squatteurs ont transformé, en face du Bon Marché, à Paris, l’ancienne officine inoccupée en petite galerie d’art.

Début mars, quelques étudiants repèrent cet immeuble inoccupé de 250 m2, rue de Sèvres, et s’y installent après s’être attelés aux travaux de rénovation. Plomberie, peinture, meubles et téléphone: tout était à refaire.

L’immeuble est vacant depuis dix ans; la pharmacie qui occupe le rez-de-chaussée depuis sept ans. La propriétaire, domiciliée en Belgique, refuse de vendre sans pour autant donner d’explication. A la mairie du VIe, l’affaire embarrasse depuis longtemps, car un immeuble vide, ce sont des logements en moins, surtout pour un arrondissement qui compte seulement 2% de logements sociaux.

La Ville a tenté de contacter la propriétaire, mais sans succès. Personne ne sait pourquoi elle laisse son immeuble inoccupé, ni pourquoi elle refuse obstinément de vendre ou d’accepter le loyer de 300 euros que chacun des huit squatteurs se propose de payer.

En juillet, elle assigne tout le monde en justice. Les jeunes sont condamnés à une procédure d’expulsion immédiate. Un deuxième procès les condamne à payer 150 000 euros de frais d’"immobilisation de biens" et 30 000 euros pour les "dégradations".

"Une mesure d’expulsion immédiate est assez rare, je me demande comment la propriétaire a pu obtenir une telle sentence", s’interroge Joël Retailleau, directeur adjoint du cabinet du Maire UMP, Jean-Pierre Lecoq. Leur avocate a fait appel de la mesure (audience le 10 décembre):

"C’est inadmissible qu’en France des étudiants sérieux, avec un travail à côté, mais ne venant pas de milieu aisé, en soient réduits à squatter."

En attendant, la vie s’organise. Entre les cours, les travaux et les procès, il ne reste pas beaucoup de temps libre aux squatteurs pour les recherches de logement. Sans revenu ni garant, leurs possibilités sont minces.

Et la situation risque d’empirer, puisque l’eau vient de leur être coupée. Ils ont quand même droit au "puits", sorte de robinet disgracieux qu’on leur a sorti de terre, sur le trottoir. Plusieurs fois par jour, ils se relaient et viennent remplir leurs bidons d’eau. "Le soir, on va souvent faire les poubelles dans le supermarché du coin", avoue non sans gêne Jean Marc, étudiant en journalisme à l’IPJ.

Avec la trêve hivernale, leur expulsion est repoussée au 15 mars. "Une véritable épée de Damoclès", déclare Elise, étudiante aux Beaux-Arts:

"Si l’on ne nous remet pas l’eau, ça risque de devenir difficile à vivre. Alors on a demandé aux voisins et au couvent à côté de nous aider."

Les habitants du quartier, pas mécontents que l’immeuble soit enfin occupé, soutiennent majoritairement leur cause. Mais rien ne peut se faire sans la propriétaire. Selon Joël Retailleau:

"Au départ, la Ville de Paris ne voulait pas racheter l’immeuble car les pièces sont trop petites pour faire du logement social. Mais vu la situation, si la propriétaire décide de vendre, la Ville préemptera vraisemblablement l’immeuble."

Les squatteurs ne s’avouent pas vaincus, mais dans leurs paroles transparaît une certaine lassitude:

"Le problème c’est la propriétaire. Nous passons notre temps à chercher un logement ailleurs. Notre but, c’est bien sûr de partir."


Voir article et vidéo sur Rue89 ici.

Articles parus sur le site de l'association Jeudi Noir ici.

Un reportage photo par Laurent Hazgui ici.

La rencontre de Sarkozy avec le Dalai Lama irrite les Chinois

Après l'annulation du sommet UE-Chine qui devait se tenir à Lyon le 28 Novembre, la Chine hausse le ton une nouvelle fois envers la France. Le motif: Nicolas Sarkozy a rencontré en Pologne, samedi 06 Décembre, le Dalai Lama.
L'agence officielle Xinhua ("Chine Nouvelle") s'est fait l'écho des réactions officielles:
Via Sina.com:
新华网北京12月7日电 中国外交部副部长何亚非7日晚奉命召见法国驻华大使苏和,就法国总统萨科齐日前在波兰会见达赖提出严正交涉。

  何亚非说,12月6日,萨科齐总统不顾中国人民的强烈反对和中方的一再严正交涉,执意以法国总统和欧盟轮值主席的双重身份会见达赖,粗暴干涉了 中国内政,严重损害了中方核心利益,严重伤害了中国人民的民族感情,破坏了中法和中欧关系政治基础,中国政府对此表示坚决反对和强烈抗议。

(...)

我们要求法方能以两国关系大局和两国人民利益为重,真正重视中方的严正立场和合理关切,充分认识到萨科齐总统会见达赖对双边关系以及中欧关系造成的损害,在涉藏问题上采取实际行动纠正错误。

Traduction (j'ai enlevé un ou deux passages inutiles):

Dépêche Xinhua du 07 Décembre:

Le vice-ministre chinois des Affaires Etrangères He Yafei a convoqué le 7 Décembre l'ambassadeur de France en Chine M. Hervé Ladsous (Suhe en chinois), à cause de la rencontre la veille entre Sarkozy et le Dalai Lama en Pologne. Pour He Yafei, Sarkozy n'a pas pris en considération la forte opposition du peuple chinois et cette rencontre est une interférence dans les affaires intérieures chinoises, qui va blesser le sentiment national des Chinois, et aura des conséquences négatives sérieuses sur les relations sino-françaises et sino-européennes. (...)

Nous exigeons, pour le bien des 2 pays et de leur peuple, que la partie française prenne en considération la position de la Chine et son inquiétude, et qu'elle adopte, dans le problème tibétain, une position raisonnable pour corriger son erreur.

Un sondage est réalisé à la fin de l'article: à la question posée "La rencontre de Sarkozy avec le Dalai Lama aura-t'-elle une influence sur votre opinion à l'égard de la France?", au moment où j'ai consulté les réponses, 95% ont répondu "oui", 3.8% ont répondu "non" et 1% ne savaient pas...

Je doute que les 95% des personnes ayant répondu par l'affirmative signifiaient que la rencontre entre Sarkozy et le Dalai Lama avaient amélioré leur image de la France...



31 mai 2008

From the New York Times Travel Dispatch


Frugal Traveler: Making Friends (and Dinner) in Paris
By Matt Gross
Published: May 28, 2008
Matt falls in love with a bourgeois bohemian neighborhood and throws a frugal housewarming party.

19 avril 2008

"Les médias vous manipulent!"



Ils étaient venus de Rennes, Marseille, Lyon, de tout Paris, ce 19 avril, pour manifester de la place de la République à la Bastille, contre le traitement unilatéral de la crise au Tibet par les médias occidentaux et contre la manipulation orchestrée par RSF au sujet de la flamme olympique et du Tibet. Sans aucun doute cet évènement fut aussi le plus grand rassemblement de Chinois en France. Quasiment tous habillés d'un tee-shirt proclamant "les JO sont un pont, n'en faites pas un mur", agitant avec ardeur des drapeaux chinois, français, ou des JO, arborant des pancartes où était écrit "J'aime la Chine, donc j'aime le Tibet", "les JO en paix", "les médias vous manipulent" (sic), ils ont donné une belle leçon de patriotisme.
Au centre de la place de la République, une grande estrade était dressée où se succédaient les petits discours et les chansons pour dynamiser la foule des Chinois. Li Huan, 26 ans, étudiant à Lille et se présentant comme responsable des relations presse, répond à quelques questions
: "Les Chinois se sont sentis vraiment blessés, outragés par toutes ces manifestations autour de la flamme olympique et cette campagne anti-chinoise. Nous savons bien que tout cela est orchestré par les néoconservateurs américains, et que Robert Ménard est financé en partie par les Etats-Unis; il l'a lui-même reconnu". A l'évocation des appels au boycottage des marques françaises qui ont lieu en ce moment en Chine, il répond:"Tous les boycottages sont irrationnels, nous devons nous comporter comme des adultes". Qui a organisé cette manifestation? Li Huan révèle que la demande a été déposée une semaine auparavant par un certain Wu Rui, étudiant chinois; 6000 tee-shirts ont été imprimés, et 5000 personnes se sont inscrites via des sites internet.
En tout cas, de ce que l'on a pu constater, c'est une organisation bien huilée: des personnes s'occupent de distribuer les tee-shirts à message, tout le monde est venu avec son drapeau (Où en ont-ils trouvé autant et si vite? Car chaque étudiant chinois en France ne vient pas avec un immense drapeau dans la valise non?), d'autres, armés de mégaphone, patrouillent parmi la foule et les incitent à chanter et crier des slogans, les banderoles sont innombrables, un service d'ordre a été mis en place, et sur scène les invités se succèdent...
Justement, Pierre Picard est l'un d'eux. Spécialiste reconnu de la Chine, il a été contacté par des étudiants pour lui aussi faire un petit speech. En descendant de la scène, il nous répond: " Les Jeux Olympiques n'appartiennent pas seulement à une entité, à un petit groupe de pays. Non, ils appartiennent au monde entier. La Chine n'est certes pas un pays parfait, mais il y a beaucoup plus de libertés qu'on ne le dit. Il y a eu des avancées. Les Chinois ne peuvent accepter que le Tibet retourne au servage. Les progrès ont été considérables en 20 ans". Pour lui, et pour les organisateurs de la manifestation, qui semblaient vouloir faire passer ce message, il faut aller en Chine voir la réalité plutôt que de la critiquer. Les médias ont montré une image diforme de la Chine: par exemple ils n'ont presque pas montré les Chinois agressés par les Tibétains au début de la crise, ni les magasins saccagés". Et les manifestations anti-françaises ? "Le peuple chinois veut montrer sa colère" affirme-t'il, "il se sent trahi par un bon ami, la France".


"Bienvenue en Chine, Bienvenue à Pékin"
En tout cas, pas de sentiment anti-français hier: tout le monde était souriant et poli afin de montrer une bonne image de la Chine. Sur un côté, des banderoles "explicatives" étaient déployées: un manifeste pour le courage de Jin Jing (l'handicapée qui a portée la flamme pendant le relais à Paris et qui s'est fait attaquer) et des photos sur le Tibet. Un côté "avant", avec esclaves et mendiants, et "après" (la "libération" chinoise): des moines souriants, des routes, un homme à moto... Et cette pancarte: "Savez-vous où est le Tibet? Le Tibet était, est et sera toujours en Chine!".


Autres ressources:
- un compte rendu de la manifestation par Rue89;
- un très bon article du New York Times sur le patriotisme des Chinois;
- le coup de gueule de Jean Luc Mélenchon;
- et l'excellent blog de Cai Chongguo, qui résume tout en une phrase: "Comprendre le sentiment nationaliste chinois est l'un des points clés pour comprendre l’histoire de la Chine moderne".


17 avril 2008

Dialogue de sourd

http://bbs.revefrance.com/thread-454585-1-1.html


"Je crois que tout cela est la faute du dalai lama, je le déteste de tout mon coeur". Ma colocataire chinoise

06 février 2008

"Loue studette contre pipe" Libération du 06 février

"Il a rappelé une heure avant pour s’assurer que nous serions bien au rendez-vous, a ouvert la porte de son appartement en souriant, a offert un verre au salon, puis s’est assis, le sourire toujours aux lèvres et les yeux vissés sur nous. Antoine (1), 47 ans, haut fonctionnaire, est bavard et disert sur la «colocation» qu’il propose. «Confort», «calme», «indépendance»«C’est un quartier agréable. Et vous aurez votre chambre.» Mais ce dont Antoine aimerait surtout parler, c’est des contreparties qu’il attend de sa colocataire. «Se promener nue le plus souvent possible. Ecarter les jambes sur le canapé pour m’exciter. Pas de contrainte de fréquence pour les rapports sexuels, mais faudra pas se foutre de ma gueule non plus. Au début, je risque d’avoir envie souvent.» Voilà environ deux ans qu’Antoine recrute ainsi des colocataires, via une annonce sur le site Internet Missive, à laquelle nous avons répondu. Pas de loyer numéraire, on paye en nature. Pas de bail non plus, «tout est basé sur la confiance». Quant à la durée, «pas de limites». «Ça peut être en mois, en années. Les seules filles que j’ai virées sont celles qui ne respectaient pas leurs engagements.»

Antoine n’est pas le seul à pratiquer ce type d’échange - appartement contre sexe - à Paris. Dans un contexte de crise du logement, la formule semble s’être répandue. Sur Missive, la rubrique parisienne «A louer» recense de nombreuses offres d’hommes proposant des colocations ou studios indépendants «contre services sexuels».Mais également de femmes, troquant leurs charmes contre un toit. Ailleurs, sur Kijiji, Vivastreet ou dans le journal gratuit Paris Paname, on trouve aussi des annonces, plus masquées. Le mot sexe n’apparaît pas, ce sont les mentions «pour jeune femme», «contre services» et l’absence de montant pour le loyer qui servent d’indices.

Exigences. Antoine est lucide sur les motivations de ses colocataires. «Je sais bien que si vous aviez les moyens de vous loger autrement, vous ne viendriez pas chez moi.» Ce qui n’entraîne aucun scrupule quant à ses exigences, dont la liste s’allonge au fil de l’entretien. «Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là le soir quand je rentre. Ce serait bien si on pouvait dormir ensemble. Je veux du ménage et du repassage.» On quitte Antoine en pleine description des jeux «uro-scato» dans lesquels il nous imagine. Pour rejoindre notre deuxième rendez-vous.

Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l’homme attend au bas de l’immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L’adresse qu’il nous a donnée au téléphone n’est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d’à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»

Enervement.La formule est la même que dans l’annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C’est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C’est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant. Nous demandons à visiter les toilettes sur le palier. Et prenons précipitamment congé.

De tous les hommes contactés, Laurent, 32 ans, est le seul à manifester une certaine timidité. Dans son studio propret du XVe arrondissement, il parle de tout, du temps qu’il fait, et surtout pas de l’annonce qu’il a passée. «J’ai connu Missive par leur rubrique de rencontres SM, se lance-t-il enfin. Je n’aurais jamais eu l’idée de proposer un hébergement contre du SM si je n’avais pas découvert là que ça se faisait.» Documentaliste, Laurent est un beau jeune homme svelte, les épaules carrées, le visage doux. «Ce que j’aime, confie-t-il,c’est être attaché. Servir à table en soubrette. Lécher des bottes en me prosternant.» Laurent propose de partager son modeste clic-clac en échange de quelques séances de ce type. «Je ne demande pas de relations sexuelles classiques. L’idée, c’est que ça reste cool. La fille a la clé, elle mène sa vie, mais juste, de temps en temps, elle me dit : "Fais ça." Ou moi, spontanément, je m’y mets, je lui sers de chaise, de repose-pieds.» Laurent a déjà eu deux expériences de colocation qui se sont «très bien passées». «Peut-être que les filles sont poussées à ça par leurs difficultés, admet-il. Mais, au final, chacun y trouve son compte.»

C’est aussi le credo de Julien, 30 ans, qui parle d’«échange de bons procédés». Agent de sécurité, il héberge régulièrement «des filles» dans son joli deux-pièces de l’Ouest parisien. «Ce sont souvent des escorts, qui viennent de province se faire un peu de fric à Paris. Je les reçois pour un mois ou deux, rarement plus, parce qu’après on se lasse.» Plutôt distant, Julien explique qu’il ne demande pas d’argent mais «du sexe classique» et «pas de prise de tête, parce qu’[il a] déjà eu des filles qui [lui] ont mis le bordel». Ses «colocataires» disposent du canapé-lit du salon, tandis qu’il dort dans sa chambre. Peu de temps après notre visite, il envoie un texto :«Désolé, ça va pas le faire.»

Didier, au contraire, est «très, très motivé», comme il le répète dans ses nombreux messages. Il nous propose un deux-pièces dans le XVIIIe contre «550 euros, plus deux trois rencontres par mois». Il habite ailleurs avec femme et enfants, mais peut se «débrouiller» pour nous rejoindre les week-ends. Malheureusement, l’appartement n’est «pas encore» visitable. «J’attends le départ des locataires», nous explique-t-il lorsque nous le rencontrons à la terrasse d’un café. En attendant, il propose de «commencer» déjà le sexe. «Pour voir si on se plaît».

Sur Missive, plusieurs messages d’internautes mettent en garde contre ces «tests» préalables. «Ça m’est arrivé trois fois, raconte Lætitia, 26 ans. Les types te font visiter, te demandent de coucher immédiatement. Et ensuite, plus de nouvelles. Parfois, c’est même pas leur appart qu’ils t’ont montré. Ils ont pris les clés d’un copain.» Il y a six mois, Lætitia a décidé de passer sa propre annonce «pour avoir le choix». Elle a depuis reçu quelques propositions «intéressantes». «Mais quoi qu’il arrive, prévient-elle, il faut rester méfiante.»

Pierre Allain, le webmaster de Missive, reprend le même appel à la «prudence», sans pour autant censurer «ce qui relève d’un échange entre adultes consentants». «Il y a là parfois des hommes qui profitent de la détresse de jeunes femmes. Nous mettons en garde nos internautes. Mais nous ne pouvons pas faire une enquête pour chaque annonce.» Missive est hébergé en Suisse, comme la plupart des sites francophones proposant les services de prostituées ou escorts. «La Suisse a une législation plus permissive que la France, reconnaît Pierre Allain. Reste que, même en France, un homme a le droit de proposer un logement contre des services sexuels.»

«Habileté». «Cela s’apparente à de la prostitution, ce qui n’est pas interdit, nous confirme une source policière. Seul le site Internet qui héberge les annonces peut être poursuivi pour proxénétisme s’il est en France. Mais ce genre de poursuites aboutit rarement.» Hors Missive, pourtant, la plupart des sites et journaux d’annonces concernés expliquent qu’ils font tout pour «supprimer» ces annonces. «On en voit apparaître dans la rubrique "Colocation", on les transfère immédiatement dans celle des rencontres érotiques», dit Virginie Pons, responsable de la communication chez Vivastreet. «Nous n’acceptons pas ces annonces chez nous», affirment quant à eux Benjamin Glaenzer, directeur général de Kijiji France, et Bernard Saulnier, le patron de Paris Paname. Tous deux notent cependant «l’habileté» des annonceurs pour déjouer leurs contrôles.

Stéphanie a 38 ans, elle est «escort occasionnelle». Contactée via le tchat de Missive, elle déconseille formellement le troc «appart contre sexe». «J’ai une amie qui a fait ça. Elle s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain. Tu deviens dépendante d’un type qui risque de t’en demander toujours plus, en menaçant de te jeter si tu refuses. Sincèrement, il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer : tu restes libre.» Sur le même tchat, puis par téléphone, on discute avec Tina, 35 ans, qui, elle, profite depuis quatre ans d’un logement contre «services sexuels» dont elle se dit ravie. «Il ne faut pas choisir un homme jeune, car il ne te gardera pas longtemps, il aura envie de changement, conseille-t-elle. Le mien, il a 62 ans. Je l’ai rencontré sur les Champs-Elysées. Il vit à Dubaï et vient en France de temps en temps. Sinon, je suis seule dans l’appart, 115 mètres carrés dans le XVIe arrondissement.»

«A la porte». Zara, 23 ans, étudiante, n’est pas aussi bien tombée. Elle accepte de nous rencontrer dans un café parisien, «pour parler de ces types qui profitent des filles paumées». Il y a trois ans, Zara a passé une annonce dans Paris Paname : «Jeune fille cherche logement contre services.» «Je pensais ménage, repassage, baby-sitting, dit-elle. J’ai eu des dizaines de réponses. Que des hommes. Qui voulaient tous du cul.» Originaire du sud de la France, Zara ne veut pas détailler les raisons qui l’ont poussée à quitter sa famille. «Je n’avais pas le choix.» Elle a fini par accepter une colocation avec un homme, puis une autre. «Deux fois, je me suis retrouvée à la porte, sans nulle part où aller, parce que je ne voulais pas faire ce qu’ils me demandaient. Ces mecs-là ont besoin de sentir qu’ils exercent un pouvoir sur toi. Ils t’en veulent de savoir que si tu n’étais pas dans la merde, tu ne les aurais jamais regardés.»

Aujourd’hui, Zara a un travail, un appartement. Heureuse et soulagée que ces mois de «galère» soient derrière. «Tandis qu’eux, ajoute-t-elle quand même amère, dans dix ans, ils en seront toujours au même point. A passer et repasser leur annonce pour trouver des filles.»"

(1) Les prénoms ont été changés.

Source: Libération, 06 février 2008.

26 janvier 2008

Masturbation intellectuelle

On m'a récemment écrit que je suis (trop?) gentille; c'est vrai, généralement j'essaie de ne pas critiquer à tort et à travers, et d'avoir toujours une bonne raison pour le faire. Mais quand je m'y mets, je n'épargne personne, et ça devient beaucoup plus intéressant.
Hier soir j'ai eu l'occasion d'assister à ma première séance de "brainstorming": la mère d'un ami (nous l'appelerons "S"), américaine, vient de monter sa boîte à Paris, où elle a emmenagé il y a environ deux mois. Elle projette de commercialiser dans le monde entier un condiment, qu'aux Etats Unis on nomme "Chow Chow".

Qu'est ce que le Chow Chow ma bonne dame? Selon Cracker Barrel, "it’s a sweet, pickled relish traditionally made in the south that utilizes vegetables left over at the end of the summer's harvest. And many folks remember that no dinner at Grandma’s was complete without a bowl of homemade Chow-Chow on the table" (autres références ici et ici).
Bref, pourquoi pas? Le produit sera repensé et l'emballage totalement refait, avant d'être mis en vente.

Et c'est là que nous intervenons.
Hier soir donc, 12 convives et moi-même étions invités à une séance de "brainstorming", afin de trouver un nom à ce merveilleux chutney.
19h tapantes, dans l'appartement de 2 des convives (frères et soeurs, appartement derrière les Champs Elysées, des tableaux et vieilleries partout, tu n'oses pas poser ton manteau tellement le canapé doit coûter cher), je rencontre donc:
- un indien poète et aventurier, la mèche au vent à la BHL, qui tous les deux mots parle de son expérience en moto au Népal;
- deux chinoises étudiantes à Sciences Po qui parlaient anglais comme toutes les chinoises élevées aux films US, qui savent qu'elles savent parler anglais- vous suivez??- i.e. avec un fort accent américain qui les ferait passer pour des pétasses de Californie;
- un français chercheur au CNRS marrant -oui ça existe!;
- ma soeur, mon alliée de la soirée;
- 2 designers (gays forcément) pros du packaging et qui travaillent pour des marques de luxe;
- une franco-libanaise niaise comme tout et étudiante à l'ENA (comme quoi ils ne prennent pas que des Charles Henri);
- S;
- une Grecque d'environ 50 ans, le sourire vissé aux lèvres, qui répond tellement à côté de la plaque qu'à un moment tu pries le ciel pour qu'elle ne t'adresse plus la parole;
- les 2 hôtes, le frère et la soeur donc (lui: pseudo journaliste/glandeur mais sur plein de projets en même temps, elle petit serre-tête et queue de cheval, créatrice de sacs en cuir invisibles, et qui s'écoute surtout parler);
Et moi.

Après divers essayages, testages et goûtages du produit sous toutes les façons possibles; il était temps de prendre chacun sa petite feuille et de noter les mots, sensations, couleurs, musiques, textures, sons, etc etc, que nous rappelait le Chow Chow.
Et là j'ai vraiment compris que la filière business, ce n'était vraiment pas pour moi: franchement quel est l'intérêt de se triturer les méninges et de sortir, avec tout le sérieux du monde, que le croquant du Chow Chow me rappelait la couleur orange, ou bien la bossa nova? Les collants lycra de Madonna dans le clip "Hung Up" pendant qu'on y est?
Zen, j'ai essayé de prendre ça avec du recul, et essayé de comprendre la logique de travail de toutes ces agences de comm', de pubs ou je ne sais quoi, qui emploient des Beigbeder en puissance, dont le boulot est de trouver des noms pour des yaourts...
Souvent au cours de la soirée (comme je n'avais aucune idée de nom pour ce cher condiment) je regardais tout le monde, s'interpeller, rire, débattre, se disputer, parce que non le produit a plus une consonnance en "i" qu'en "o", et que petit inconscient, il ne faut pas oublier que le Chow Chow est un produit qui est à la fois inscrit dans le passé, mais aussi dans le futur... Bref que de questions existencielles qui méritent débat !! Au moins aussi importantes que de savoir qui va gagner les prochaines présidentielles aux Etats Unis, comment régler pour de bon la question palestinienne, ou encore comment perdre les fameux 3 kilos que l'on prend après les fêtes, mmh?

La cinglée de l'ENA a réussi à me fâcher définitivement avec l'institution: décidément ils ne prennent que des c... qui s'écoutent parler: ainsi elle a réussi à sortir, en plein brainstorming, discussion je rappelle d'où doit ressortir des décisions pratiques sur un produit à commercialiser, que le goût du Chow Chow lui rappellait la couleur vert-bronze, telle que Prosper Mérimée le décrivait dans la Vénus d'Ille. Silence gêné des convives, et regards interrogateurs: mais pourquoi sort-elle son vernis culturel? Et de toute façon, elle a avoué que jusqu'à recemment, elle n'avait jamais entendu parler de la tecktonik... Et ça se destine à gouverner la France ça?
- les 2 chinoises, étudiantes à Sciences Po, ravies de se trouver dans un appartement de la bonne bourgeoisie parisienne, et aussi ravies de sortir leur anglais prémaché, insistaient qu'il fallait un nom à consonnance hollandaise pour le produit: genre "Van Der". Je précise qu'une est dans le secteur de la DRH, l'autre contrôleuse de gestion...
- les 2 designers, à leur messes-basses et leur sourires entendus, devaient sûrement se demander au début ce qu'ils faisaient là au milieu de tous ces novices, mais ont fini par ce prendre au jeu et à trouver drôles toutes les conneries que l'on débitait avec le plus grand sérieux du monde, tout investis que nous étions de notre mission sacrée: donner un nom au Chow Chow...

Bref une soirée horrible: chacun y allait de son petit nom, S ne parlant pas français, comprenait plus rien à rien: à minuit nous y étions encore, on avait mangé tout le Chow Chow, mais aucune idée valable n'en était sortie...

18 janvier 2008

Des visages des figures



Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas revu, mon cher Tung Lo. Depuis mai ou juin dernier à Shanghai, pour une dernière séance photo dans un hôtel miteux au nord du Bund. Comme au bon vieux temps de Canton, où il m'emmenait dans des jardins, des temples, pour me prendre en photo. Couleur, noir et blanc, posée ou non, on y passait des heures sous la chaleur étouffante de l'été chinois. C'était en 2004. Il exposait paraît-il à Shanghai, Paris, Hong Kong, et New York. Il voyageait tout le temps me disait-il, et possède un pied à terre ici. J'en ai maintenant la preuve.

Tung Lo, galerie de portraits, du 18 Janvier au 24 février
East by east gallery, 18 rue B. Franklin, 75116 Paris
Tel: (+33) 1 45 20 55 99
http://www.east-by-east-gallery.com

Autres exemples de ses expos ici, ici et ici.

05 janvier 2008

Old world, new world

"My Paris:
The first time I saw
Paris I didn't get it. It was the summer of 1961 and I was on my way from New York City to Leopoldville to cover the Congo. I had but one day in Paris, and the New York Times, for which I was working, had booked me into a dinky and quite charmless hotel, and no one bothered to take me around or explain the city to me. Not that I would have had much time for it: I was too caught up in the heat of my ambition, my first foreign assignment, and a war zone to boot. If anything, so recently removed from covering events in Nashville, Tennessee, I was most stunned by the sight of the city's ladies of the night, whores walking the streets just like normal citizens—what kind of country was this? I was too ambitious, too driven by work to have any interest in a city which seemed to reflect the past; rather, I was obsessed with the present, with stories from dangerous places that would make the front page. But then, over the next year and a half when taking a break from the Congo, I would fly to Paris and begin to sense the richness of it all.
My pleasure in Paris was tentative, almost embryonic at first, for I was just beginning to appreciate its contours and almost hidden pleasures, and why it was so different from the world—and the cities—that I knew best. In America new was always better than old; in Paris old was always better than new. In the New World big was always better than small; in Paris there was a quiet celebration of all things small. In the New World time was of the essence; but in Paris life was of the essence—one should rush through absolutely nothing, most particularly lunch.
In 1966, on my own for six months in France, I took a small apartment on the rue de Bourgogne in the Invalides. I began the day by working for two hours on a small novel about Vietnam. Then, more often than not, starting in the late afternoon, I would walk the city. The walks became a serendipiter's delight: for I was experimenting at all times. I did not just use the guides, Michelin and others, in my search for restaurants, most particularly bistros, but I put myself at the mercy of the city itself, going into neighborhood places, drawn as much as anything else by instinct, and almost always handsomely rewarded. I came gradually to love Paris and, I hope, to understand it as well, and to see it for what it was, a city occasionally oblivious to the present, the best of a living past skilfully midwifed into an uneasy accommodation with the 20th century. With that the deed was done. I have loved going back ever since and, above all, stumbling into neighborhoods and watching the special quality of the light as it hits familiar places at different times of the day.
And so I have finally come to understand that while I am hopelessly American, accustomed to (and dependent on) the relentless pressures and fierce energies of the New World, that there are moments when I want to escape to a different place with a beauty and a beat of its own. And when that happens, when I want to disappear from who I am, and where I live, the place I think of is Paris."

DAVID HALBERSTAM was the Pulitzer Prize-winning author of 16 books, including The Amateurs, The Summer of '49, The Fifties, and Playing for Keeps.

Le "National Geographic" a sur son site internet une section "Places of a Lifetime", avec bien sûr Paris: photos, guide, choses à voir, etc...

Assez de chauvinisme me direz-vous? Paris, Paris, encore Paris...Le prochain post, c'est promis, sera sur un autre sujet.