"Ma muze est presque au désespoir, car certainement hier soir, au lieu de songer à la rime, je jouais si tard à la prime; que je dors encore debout, et je ne sais par quel bout je dois commencer ma copie..." Jean Loret.
08 novembre 2010
Manger!
05 mai 2010
Covering the Shanghai expo 2010
and there: http://pavillonrouge.wordpress.com/ (for the unofficial side, it will be more like an online reporter's notebook). I hope I can keep up with both...!
Basically, I am the only Western journalist left out there, walking around the expo site all day long, taking pictures and recording sound, then rushing back to the brand new Press Center, yelling at the GFW, and wishing the coffee was stronger!
Follow me also on Twitter: @Helene_FR
26 avril 2010
Paris dernière, Shanghai première
Mais quel bon prétexte de retourner en Chine faire du reportage?
Alors demain, je pars à Shanghai pour deux mois, tenir un blog avec Slate.fr, et hébergé par Orange, sur l'actualité de l'expo: la plus grande expo universelle jamais organisée, ça ressemble à quoi dans une dictature? Comment le régime chinois va réussir à contrôler cette foule immense (100 millions de visiteurs attendus), lui qui panique dès qu'il y a un rassemblement de plus de 5 personnes autour d'une table et d'un jeu de mah-jong? A quoi ressembleront les pavillons? Et ça coûte combien tout ça ma ptite dame?
Je mettrais bientôt en ligne l'adresse du blog, suivi d'un deuxième en mode "off": tout ce que je ne pourrais pas mettre pour raisons techniques (le blog d'Orange n'est pas très web 2.0) ou éditoriale, les portfolios, les autres photos, les bruits de couloir...
La procédure pour demander l'accréditation média fut longue et fastidieuse: c'est certes la première fois pour moi, mais j'ai parlé à une amie journaliste chinoise qui vient à Shanghai aussi, elle m'a dit que c'était un peu le bazar. Et aussi, j'ai surpris aveu involontaire au téléphone: quand j'ai appelé pour savoir où en était ma demande pour être accrédité pour la cérémonie d'ouverture du 30 avril, la fille au téléphone, qui ne savait pas quoi répondre mais ne voulait surtout pas le dire de peur de perdre la face, a lancé en chinois à son collègue: "mais qu'est ce que je lui dit? J'ai envie de pleurer!" Pas de chance, je parle chinois...
J'ai tout de même réussi à avoir un visa de journaliste...sans avoir encore de carte de presse, qui est normalement une condition sine qua none. Il faut plus de trois mois d'expérience professionnelle pour l'avoir, ce qui n'était pas (encore?) mon cas...Alors j'ai expliqué cela au guichetier et dûment marqué la même chose sur le formulaire. Mais je pense que le fait que mon passeport soit rempli au 9/10ème de visa pour la Chine, Hong Kong et Macao, et aussi que j'ai harcèlé au téléphone le contact que j'ai au service des visas a facilité les choses...
Quoiqu'il en soit, je retrouve normalement à partir du mercredi 28 le quartier que j'ai quitté quand je suis rentrée à Paris fin septembre 2007: Xujiahui. Xujiahui, c'est un quartier très animé, populaire mais moderne, avec ses electronic markets, ses clubs de gym, ses restos, son Watson's, son vendeur de boules de riz frites et fourrées à la purée de haricots rouges, son supermarché 联华超市, le seul Starbucks qui fait un bon chocolat chaud (2 euros seulement)...Xujiahui est situé au sud du quartier de l'ancienne concession française, et relativement près du quartier de l'exposition universelle.
Photo: Pudong
02 mars 2010
18 février 2008
Les futures stars chinoises du plongeon







Je reconnais l'endroit, c'est au Shanghai swimming center, à Xujiahui. La piscine derrière mon ancien appartement, où j'avais l'habitude d'aller tôt le matin pour éviter la foule (mais ça ne m'a pas fait éviter la morve ejectée sur le bord de la piscine... c'est une autre histoire). Une grande piscine olympique séparée en 2 (les nageurs, et ceux venus simplement se baigner), avec derriere, dans un autre bassin, séparé par des barrières, des plongeoirs de toutes les hauteurs. Avec dessus des enfants de tous âges: de 5 ou 6 ans, à l'adolescence.
Je les ai observé longuement, et de nombreuses fois, après mes longueurs. Je voulais apporter mon appareil photo; j'aurais dû. Ils n'arrêtaient pas: un plongeon, on remonte à la surface, retour sur le plongeoir, plongeon, etc... Du stakhanovisme. Même pour les plus petits! Les plus grands faisaient des sauts vraiment impressionants, et je ne serais pas surprise de les apercevoir cet été aux Jeux Olympiques...
Sur le côté, les entraîneurs étaient assis sur des chaises en plastique, et sans bouger assénaient leur verdict. Bon ou mauvais, de toute façon les petits plongeurs devaient recommencer à l'infini.
Photos: Reuters via 20minutes
12 février 2008
Le mauvais temps en Chine donne l'occasion au pouvoir de se renforcer
Depuis fin Janvier, la Chine était en proie à des tempêtes de neige qui ont paralysé le pays alors que les Chinois se préparaient à célébrer le nouvel an (fête du printemps). Shanghai impraticable, des routes bloquées, des maisons dont le toit s'effondre sous le poids de la neige, des dizaines de morts, des poteaux électriques qui s'affaissent dans le Hunan, de nombreux trains arrêtés au milieu de nulle part avec les passagers bloqués pendant plusieurs heures sans eau ni électricité ni nourriture ni possibilité de sortir, les gares des grandes villes envahies par les mingongs chinois cherchant désespérement un train non annulé pour pouvoir rentrer chez eux... C'était la véritable apocalypse.A six mois des jeux olympiques, ça ne pouvait pas tomber plus mal. Le pouvoir a de plus tardé à réagir,et quand il l'a fait ce fut avec les traditionnelles techniques de propagande: reportages tv suivant le déplacement des dirigeants au secours de la population, le 1er ministre Wen Jiabao s'adressant à la foule dans une gare avec un haut parleur ou qui console un petit garçon, le Président Hu Jintao qui met toute son énergie à aider les secours (photo ci-dessus)... Bref, aucune remise en cause de la gestion de la crise par les autorités, ce qui compte, c'est de montrer que le parti et le peuple chinois travaillent ensemble pour lutter contre le fléau! Sites internet et blogueurs se sont emparés de l'affaire et ne manquent pas de critiquer le pouvoir pour son manque de réactivité. Les témoignages affluent décrivant certains cas déplorables de passagers coincés dans les trains ou bus...
Les festivités du nouvel an ont battu leur plein la semaine dernière, éclipsant l'affaire. Les chinois ont eu leur semaine de vacances. Malheureusement pas les mingongs, les bâtisseurs de la Chine moderne et pourtant catégorie sociale déjà bien défavorisée: ils n'ont pas eu cette année le plaisir de rentrer chez eux voir leur famille et leurs enfants.
Compte rendu et photos: Global Voices et Quand la Chine déblogue.
09 janvier 2008
Rendez-moi mon Hukou
Il y a foule ce mercredi matin dans la rue. A première vue tout est normal, les rues chinoises sont toujours pleines de passants, vendeurs de snacks ou balayeurs. Nous sommes à Shanghai, à deux pas du Bund, quartier dont l’architecture porte l’héritage de la présence étrangère. Pourtant, au coin de la rue Jiangxi et Guangdong, devant le Bureau du travail de la municipalité, les personnes présentes ne sont pas là pour se promener : aussi surprenant que cela puisse paraître dans la plus grande dictature au monde, environ 200 personnes manifestent ici tous les mercredis matins depuis cinq ans.
Dans les années cinquante le gouvernement de Pékin a mis en place le « Bingtuan », politique de développement de la région autonome du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine. En envoyant des travailleurs de tout le pays construire des villes, fermes, et usines, le but était d’amener développement économique et stabilité sociale dans cette lointaine région à majorité musulmane. En tout l’on compta 360 000 « volontaires », rien qu’à Shanghai. La grande majorité, partie avant la révolution culturelle n’a pu revenir qu’à partir du milieu des années quatre-vingts. Mais quand ils furent enfin autorisés à rentrer, les autorités du Xinjiang refusèrent de transférer leur « Hukou » - livret d’enregistrement de résidence, sésame sans lequel on ne peut travailler légalement, changer de résidence ou scolariser ses enfants. Ce mercredi, les personnes présentes réclamaient donc au Bureau du travail, à grand renfort de slogans, le transfert de leur Hukou. Sans lui pas de vie possible dans des conditions décentes.
Alors que les policiers surveillent la présence d’éventuels étrangers ou photographes, l’attroupement se fait plus compact: chacun tient une canette et un bâton pour faire du bruit et brandit un panneau rouge sang sur lequel leur revendication est peinte en larges caractères noirs, et ils n’hésitent pas à montrer des lettres rédigées par leur soin ou extraits de textes juridiques prouvant qu’ils sont dans leur bon droit. Les passants s’arrêtent, regardent un instant et repartent, indifférents.
Guo Qinghua (pseudonyme) est l’un des plus bavards. Dans l’attroupement qui se forme, il se distingue car il n’a pas peur de parler : en 1963 il se porte volontaire pour le Xinjiang, faute de trouver un emploi à Shanghai. En lieu et place de salaire, on lui donne une solde : 3 rmb par mois (30 centimes d’euro) la première année, 8 rmb les années suivantes. Tout de suite il comprend que la réalité sera différente de ce qu’on lui a promis : entre dix et douze heures de travail, avec pour seul repas un maïs cuit à la vapeur. Le soir, il dort dans un trou creusé dans l’herbe. « J’avais dix-sept ans à l’époque, j’ai sacrifié ma sueur, mon sang, ma jeunesse », déclare t’il. « Au début des années quatre-vingts, quand notre travail fut quasiment fini, beaucoup ont demandé à rentrer chez eux. Le gouvernement n’a pas voulu transférer nos Hukous du Xinjiang à Shanghai. Il y a eu des manifestations. Vers 1982, certains par désespoir se sont suicidés grâce à une ceinture d’explosif autour de la taille. Les dirigeants ont dû paniquer, car ils décidèrent de laisser partir les couples dont les deux conjoints sont originaires de Shanghai. Nous avions passé vingt ans au Xinjiang, la vie était trop dure, nous voulions rentrer. Mais ma femme n’est pas de Shanghai, donc nous ne pouvions pas partir. Ce n’était pas juste ».
En 1992 le gouvernement décide d’autoriser un enfant de chaque couple à rentrer. Guo Qinghua choisit alors sa fille aînée, qui ne s’était jamais vraiment habituée au climat local. Une fois rentrée à Shanghai, on lui diagnostique une leucémie, elle meurt peu de temps après. Il décide à son tour de rentrer, sans Hukou bien sûr, ni logement. Il habite chez un ami qui lui prête des vêtements. Chaque mois il touche une petite retraite de 830 rmb (83 euros) censée faire vivre sa famille. Il ne cesse de poser cette question, comme à soi-même : « Pourquoi, après avoir sacrifié tant d’années au Xinjiang, on nous empêche de revenir ? » Solennel, il continue : « J’ai rencontré tellement de choses injustes dans ma vie. Je voudrais représenter les millions de personnes envoyées là-bas. Je n’ai pas peur d’aller en prison. »
Il est bientôt treize heures, la foule commence à se disperser. On se donne rendez-vous pour le mercredi suivant, d’un air un peu désabusé. Comme si chacun se demandait si un jour il va récupérer son Hukou.